voyage Maroc train du desert

A la frontière du Maroc et de l’Algérie, passe une ligne de train presque centenaire qui relie Oujda à la petite bourgade de Bouarfa. Environ cinq fois par an, quelques curieux montent à bord de ses wagons pour devenir passagers d’un voyage singulier.

Une équipe de déblayeur, des pelles, un réchaud, un peu de nourriture, un cuisinier et une quarantaine de passagers… c’est ce qu’embarque à chaque départ Eduard Kunz, un opérateur de voyage suisse passionné, quand il entame les 304,5 Km qui le sépare de sa destination à bord du train du désert.

Tous les trois mois, quelques wagons empruntent cette ligne de transport de minerais de la ONCF, en traversant le paysage de l’est marocain entre vallons étroits et steppes désertiques, avec, à son bord, quelques touristes enthousiastes de partager une expérience hors du commun.

voyage train du désert Maroc
Gare de départ : Oujda. A l’image de la ville d’Oujda qui a su renaître de ses cendres au cours des siècles, le train du désert revient à la vie cinq fois par an en prenant de nouveau à son bord des passagers.

Le périple commence en traversant la gare de Genfouda, véritable carrefour des voies, qui témoigne encore de l’activité des chemins de fer de l’époque, pour continuer par la gare désaffectée de Tiouli, pousser jusqu’à Ait Beni M’htar et sa charmante église désertée pour enfin arriver à Tendrara et rouler à travers les steppes de cette partie du pays. Destination finale : la petite ville de Bouarfa dans la province de Figuig.

« Ce qui compte ici, c’est le voyage »

Prévoir une heure d’arrivée ? «Totalement impossible », sourit « Edi ». Et pour cause, le trajet est entrecoupé d’arrêts à multiples reprises. Au mieux, pour prendre quelques clichés, sinon, pour désensabler les rails. C’est à l’aide de pelles que les hommes se forcent ici un passage. Qu’on se le dise, le désert ne se laisse pas approcher si facilement. Conséquence : il arrive souvent qu’un voyage de 8 heures comptabilise au final plus de 12 tours de cadran. Comparaison amusante, la route Oujda-Bourfa ne dure elle, que 3heures. A bord du train, cela n’a pas vraiment d’importance : « Ce qui compte ici, c’est le voyage », renchérit Edi.

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Les images de paysages défilent. La nature fertile laisse place aux nuances de couleurs sable à perte de vue. A l’heure du déjeuner, on sert les « aventuriers » en cabine première classe climatisée ou dans le second wagon appelé aussi « wagon photo », datant de 1960. Au menu ? Entrée, plat, dessert avec tajine maison et vue imprenable.

Et en parcourant les 304,5 km à moins de 50km/h, il y a le temps de savourer ! Amoureux de trains depuis tout petit, Edi est ravi: « Etre amassé comme des sardines dans des bus pour aller voir les villes impériales au pas de course ? Sûrement pas ! Il y a une certaine ambiance qui se dégage à bord de ce train, c’est toute la beauté de la lenteur », s’exclame-til.

Une ligne « fantôme » qui séduit les aventuriers

voyage train du désert MarocCe personnage à la moustache grisonnante et à l’humour communicatif s’est installé au Maroc il y a près de vingt-cinq ans. Ancien vendeur de machines à outils, il découvre pour la première fois le pays en escaladant le mont Toubkal. Quatre ans plus tard, « piqué » par la richesse des paysages et des cultures, il décide de s’y installer pour de bon et de créer sa boîte de voyage quelles années après. C’est par hasard qu’il tombe un jour sur l’affichage d’une ligne desservie une fois par semaine mais répertoriée nulle part ailleurs : le train du désert.

Coup de chance ou coup de flair, il se met en tête d’en faire profiter le public. Celui qui recherche un autre tourisme, celui qui fait la part belle aux villages ruraux et aux cartes postales perdues. Et ça marche. Les départs s’enchaînent. En 2015, l’équipe de tournage du dernier James Bond viendra même y filmer quelques scènes du film Spectre. Daniel Craig et Léa Seydoux sur la ligne ? Les médias s’y intéressent de plus près. « Ça me fait plaisir au fond, qu’on admire une expérience comme celle-ci, qui refait vivre l’histoire », concède-t-il.

En vidéo, un extrait du film Spectre :

 

Bouarfa, tout le monde descend. A la fin du voyage les passagers se retrouvent à la tombée de la nuit pour manger et dormir dans un petit hôtel dans la ville. Si le cœur y est, les soirs de pleine lune, un bivouac avec tentes et feu de camp est organisé pour terminer la soirée la tête dans les étoiles. Souvenirs garantis. Le retour se fera en car ou en voyage de nuit à bord du train. Tenté de devenir le prochain passager de ce tête à tête singulier avec le désert ? On note le prochain départ : le 2 avril 2018.

 

Départ : Oujda – Arrivée : Bouarfa

Distance : 304, 5 Km

Durée : Entre 8h et 12h

Vitesse max : 50km/h

Prochain départ : le 02/04/2018

 

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Pour monter à bord, pas de billets à acheter en gare, mais une adresse ou suivre l’évolution des prochains départs, obtenir quelques informations et réserver sa place : www.train-du-desert.com et au +212 639 515 209 .

 

Un peu d’histoire

 Construite en 1923 par les colons français, la ligne qu’emprunte le train du désert était anciennement appelée « Mer-Niger ». Sa proximité avec Nador et l’Algérie en faisait en effet un lieu stratégique : l’implantation de ce grand projet ferroviaire avait notamment pour ambition de relier la mer méditerranée jusqu’en Afrique Noire, à Niamey. La seconde guerre mondiale y mettra un coup d’arrêt. Bien que la ligne, appartenant désormais à l’ONCF, abandonne au cours des années le transport de passagers, elle sert encore à aujourd’hui transporter des convois de minerais, riche en cette région.