Dépasser les frontières, se réaliser hors de son pays… Pour célébrer à notre façon l’arrivée de la Journée internationale pour les droits des femmes, nous avons voulu mettre en avant des femmes qui ont choisi de vivre hors de leurs pays natals, et qui à force de travail et de persévérance, réussissent à vivre leur rêve. Rencontre avec cinq femmes d’exception, de tous âges, qui donnent de l’inspiration !

Camille Levai
32 ans, Casablanca

Installée au Maroc, Camille y a trouvé l’amour et la réussite. Avec son compagnon, elle a créé Craie, une marque de sacs en cuir haut de gamme, à la qualité irréprochable, modulables, modernes et faciles à porter. On les retrouve dans les pages de Cosmopolitan ou Marie-Claire, Biba, Femme Actuelle, Milk Magazine ou Voici, et dans plus de 270 points de vente, dont les Galeries Lafayette ou le Printemps à Paris.

D’où venez-vous ?
Je suis née en 1987 en France. Après un bac scientifique, puis des études à Lyon dans le graphisme et l’édition, j’ai rapidement commencé à travailler parce que j’avais envie de concret. Lors d’un salon professionnel à Paris, le Who’s Next pendant la Fashion Week, j’ai rencontré Sébastien, mon compagnon. Il venait de reprendre une maroquinerie à Marrakech après ses études en école de mode et en école de commerce appliquée aux industries de la mode. On s’est tout de suite bien entendu et il m’a proposé un stage dans son atelier. En école de graphisme tout le monde suit la même voie : intégrer une grande boite de communication. Je voulais faire les choses différemment, car la mode et la création m’ont toujours attirée.

Comment vous êtes-vous installée au Maroc ?
Pendant mon stage avec Sébastien nous avons créé ensemble des modèles de sacs. Quand on est deux créatifs avec une unité de production à disposition, on fait un dessin le matin et le soir on a un produit fini. C’était génial. On était installé à Sidi Ghanem dans le quartier industriel qui regorgeait d’ateliers, de créateurs, de concept stores. C’était en 2008 et il y avait vraiment une ébullition créative. Une fois mon stage terminé, je suis restée ! Les trois semaines au Maroc se sont transformées en résidence permanente et en histoire d’amour !

Et votre marque est née…
En 2009, nous avons commencé par une petite marque de chaussons pour enfants, tout en cuir avec tannage végétal, colle à l’eau, coton bio : Easy Peasy. Un grand groupe français a eu un coup de coeur sur notre projet, il nous a intégré et nous avons été à la direction artistique de la marque pendant 7 ans. Eux étaient en Bretagne, leurs usine en Tunisie. Pendant des années nous avons fait beaucoup d’allers-retours. C’était très agréable : on est allé beaucoup plus vite avec des financiers derrière. La marque marchait vraiment bien. Mais nous avions envie de remonter un projet plus personnel. Nous n’avions jamais arrêté de faire des modèles de sacs et nous avons eu l’idée du petit cartable réversible : le modèle Maths qui est un produit phare depuis le lancement de la marque Craie. L’aventure a commencé. Quand je suis tombée enceinte de ma première fille, nous avons quitté Easy Peasy pour voyager moins. Deux marques, trois pays, un bébé, c’était un peu trop.

Depuis vous êtes installés à Casablanca ?
Nous avons déménagé en 2012 quand nous avons lancé Craie. Notamment parce que c’est très compliqué de travailler à Marrakech : on trouve difficilement des ouvriers, des matières premières, du matériel… Quand on casse l’aiguille d’une machine à coudre, il faut aller à Casa pour en racheter une. La vie était agréable mais ce n’était pas très réaliste de rester là-bas. Craie a assez vite décollé car nous avions l’expérience d’une première marque. Nous avons participé aux salons professionnels et trouvé de très bons agents en France, qui nous ont bien distribués. Nous arrivions avec un produit original grâce au concept modulable, au bon rapport qualité/prix et nous avons rapidement trouvé notre place sur le marché.

Retourneriez-vous dans votre pays un jour ? Pourquoi ?
Ça fait plus de dix ans que je suis ici. Ce n’était pas prévu. Nous avons eu notre première fille à Casablanca. Nous sommes très attachés au Maroc aujourd’hui, mais avec l’arrivée de notre deuxième fille, nous pensons rentrer en France pour nous rapprocher de nos familles.

Vous avez monté Craie, une marque de sacs qui cartonne en France et ailleurs, dont l’atelier est au Maroc, quelle est votre plus grande fierté ?
Avoir notre propre atelier aux normes internationales qui est une grande source de liberté. Ici, il y a un vrai savoir-faire dans le cuir d’ailleurs le mot maroquinerie vient du « maroquin » qui désigne un cuir de chèvre dont le tannage a été inventé au Maroc. Nous apprenons tous les jours avec nos artisans. Nous avons la fierté de travailler avec une trentaine de personnes dans un cadre agréable. Les ouvriers sont heureux et certains travaillent avec nous depuis une dizaine d’années. Ce sont vraiment de belles relations humaines.

Etre une femme et étrangère, était-ce des handicaps dans cette aventure au Maroc ?
Pas vraiment. Ce qui est agréable, c’est que les artisans sont passionnés par ce qu’ils font. Ils ont envie de partager leur savoir faire, leur métier, leur passion. Finalement quand on n’a pas peur de pousser les portes, d’aller dans les ateliers, les tanneries, les artisans sont au départ étonnés de voir une femme, mais ensuite ils sont très accueillants.

Comment arrivez-vous à concilier vie de famille et vie professionnelle ?
La grande question ! Avant tout notre travail est une passion, on ne le voit pas comme un frein; on travaille en couple et c’est assez fluide. Les solutions que nous avons trouvées notamment en habitant à Casablanca, sont de limiter les transports. On a déménagé à côté de notre atelier, qui est à côté de l’école de notre fille. On peut tout faire à pieds; on gagne un peu plus du temps. On se réserve les samedis pour passer la journée au calme et le dimanche en famille. La frontière est parfois un peu poreuse. Notre fille est super curieuse et elle aime visiter une usine un samedi ou passer l’après-midi à l’atelier à jouer avec les cuirs.

Les valeurs que vous souhaitez transmettre à vos enfants ?
L’ ouverture d’esprit, rester curieux, essayer de comprendre l’autre, ne pas avoir de stéréotypes…

Vos projets cette année ?
Un bébé ! Et pleins de nouveaux projets. Nous relançons une petite ligne de chaussons pour enfants; nous revenons à nos premiers amours La collection s’appelle Artistes Amoureux. Et nous allons également lancer des tapis. Dans notre atelier, nous avions beaucoup de chutes de cuir et nous réfléchissions depuis longtemps à la manière de les recycler. Nous avons eu l’idée de ce tapis en cuir recyclé, qui va être réalisé par des femmes dans des coopératives.

Quels sont vos modèles féminins ?

Ma maman, Valérie Levai, parce qu’elle est top ! Elle a courageusement élevé quatre enfants en continuant de travailler. C’est une grande sportive : elle enchaîne les trails quand elle n’organise pas de courses.

Trois choses qui ne quittent jamais votre sac ? Un Craie ?

Oui un sac Craie ! Mon carnet Moleskine pour écrire tout ce qui se passe ; un petit baume à lèvres que m’a offert mon frère avec mes initiales dont je suis fan : le Baume des muses de L’Officine Universelle Buly ; et de gros bijoux – bracelets Aurélie Bidermann

Votre livre de chevet ?

Grossesse oblige, c’est le livre d’une sage femme Ina May Gaskin : Le guide de la naissance naturelle.

Le voyage de votre vie ?

Le Japon.

Votre produit cosmétique fétiche ?

Je ne quitte pas l’huile de jour d’Azhul. Leurs produits sont top.

Le film qui vous a le plus touché ?

Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry.

Votre devise ?
Artistes amoureux, ça nous va bien.

Votre endroit préféré au Maroc ?

Oumnass, un petit village dans la campagne de Marrakech juste avant le barrage. Nos meilleurs amis sont installés là-bas, et quand on va les voir on se réveille face à l’Atlas, il n’y a pas mieux