Fondatrice de la Casablanca Design Week, cette jeune femme solaire irradie tout sur son passage. Une force tranquille qui lui a permis de bâtir pierre par pierre, un événement réfléchi, solide, reconnu à l’international. Un beau parcours à suivre !

Pour vous le design, c’est quoi ?

Quand on parle de design on parle principalement de résolution de problème à travers la conception, la réflexion, et la production de solutions qui sont esthétiques, fonctionnelles et durables. On prend en compte l’environnement qui est très important, la problématique à résoudre, et à partir de là on élabore des solutions qui doivent être pérennes. Ce fonctionnement s’inscrit dans plusieurs dynamique : design de meubles, design d’objets, design de mode, design industriel, design graphique, visuel. Mais pour ne pas galvauder ce mot, je dirais que chacun le définit avec ses propres termes. Pour moi, le design est la création d’une expérience en réponse à une problématique, une expérience qui se veut forcément esthétique, ergonomique, fonctionnelle et durable, avec un élément en plus : comment mettre en avant l’humain au centre de la réflexion de cette expérience, et créer une expérience nouvelle. 

Pourquoi avoir choisi Casablanca comme berceau de cet événement ?

Tout simplement parce que Casablanca est la capitale économique du Maroc. Le design est le lien entre les industriels, les commerçants, les entrepreneurs, le grand public. C’est un maillon de la toile économique. Dans notre objectif, la liaison industrie /économie est très forte, nous visons à renforcer la perception de la valeur ajoutée de la création. Nous ne pouvons faire ça qu’en favorisant la synergie entre différents acteurs. Casablanca est le chantier propice pour cela. D’un point de vue local, le Made in Morocco ne se limite pas qu’à l’artisanat touristique, il va bien au-delà. Le Maroc est un pays de créateurs qui s’inspirent de l’héritage pour créer des choses nouvelles s’inscrivant dans un monde contemporain. C’est important de présenter ce Made in Morocco dans la capitale économique où on peut le faire rayonner sur des réseaux et des marchés internationaux.

Quelles étaient les particularités de cette Casablanca Design Week ?

L’édition d’octobre 2019 est la deuxième édition. C’est pour nous, la première édition officielle qui correspondrait aux débuts de la Casablanca Design Week. Lors de la première édition en 2017, qui est pour nous l’édition 0,

nous avions lancé un état des lieux de la création liée au design, à travers le thème « Qu’est ce qu’on conçoit ? ». De 2015 à 2017, nous avions mis en place des talks, un camp d’innovation, et d’autres petits événements pour comprendre l’écosystème créatif, le définir et connecter ses différents acteurs. Cette année, le thème « Men Hna Lhih, from here to here, d’ici là » nous a permis de nous ancrer dans le présent et dans l’écosystème actuel. Nous avons questionné deux axes centraux : l’identité et l’objet. Pour l’identité, les design talks ont bien exploré la question en invitant plusieurs acteurs culturels ayant déjà travaillé sur ce sujet : l’identité dans la création, la culture populaire, la marocanité, l’héritage culturel. Pour l’objet, nous avons eu plus de 60 designers qui ont travaillé sur des objets complétement différents et ces objets ont été le prétexte pour questionner l’usage au Maroc, le regard du designer mais aussi le regard des spectateurs. 

Dans cette édition, le design fait place à d’autres domaines comme la mode, pourquoi ?

Nous voulons mettre en avant le processus créatif qui définit le designer plus que le résultat, l’objet ou la finalité. Dans notre optique de démocratisation du design et de la création, de vulgarisation des termes techniques, et de compréhension du processus créatif, il est très important de raconter les histoires du créateur qui l’ont amené à créer un produit, un objet, un vêtement ou un espace. La mode fait donc partie de cette expérience. 

Quel bilan tirez-vous de cette édition ?

Un bilan très positif que ce soit celui des designers, des partenaires, des collaborateurs. Il y avait une demande, une attente. L’exposition officielle sous forme d’appel à participation ouvert à tous les designers, a rassemblée plus de 150 candidatures, ce qui est énorme ! Nous n’avons pu en retenir que 60. Pour les design talks autour de l’identité et de l’avenir de l’économie créative, on ne s’y attendait pas mais on a eu plus d’une centaine de participants. Pour la plupart des étudiants et des personnes qui ont un intérêt très vif pour la création et qui veulent changer les choses. Après, nous avons constaté une absence des industriels. Une réflexion autour de l’établissement d’une synergie entre l’industrie, le design, l’entreprenariat et l’artisanat est essentielle. Ce sera le sujet d’une prochaine réflexion. 

Un coup de cœur particulier dans cette Design Week ?

Mon coup de cœur va à toutes les personnes qui ont été présentes. J’ai été émue par des étudiants qui ont pris la peine de se déplacer de Tétouan, de Martil, d’Agadir, de villes éloignées, et qui sont restés toute la semaine. Un grand coup de cœur également pour le centre d’art de la rue de Tanger. Tous les jours, des gens sont venus pour voir l’exposition poser des questions, échanger. Ça a été un vrai succès ! 

Votre rêve ?

Je suis une inconditionnelle du yoga et j’essaie de l’intégrer dans la Casablanca Design Week. Mon rêve serait d’intégrer la dimension bien-être à la dimension socio-économique du design (rires) !

La phrase qui vous anime ?

C’est plutôt un mantra : « Avec amour et bienveillance, ici et maintenant ». 

Votre lieu préféré à Casa ?

Le centre ville et la rue du prince Moulay Abdellah.

Trois mots pour vous décrire ?

Passionnée, patiente, travailleuse

Trois mots pour décrire Casablanca ?

Passionnelle, avalanche, amour