Quoi lire cet été sur la plage ? La chronique littéraire de Julien Hasdenteufel face au dernier livre de Michel Houellebecq : jubilatoire !

Ce mois-ci à la rédaction, on a parlé de mariage, de soleil, de l’été qui approche… Bref, de choses qui rendent simplement heureux !
Loin, donc, de ce que provoque l’écriture acerbe de Houellebecq. Et pourtant… Michel Houellebecq a encore frappé !

« La sérotonine est un neurotransmetteur, une molécule par laquelle les neurones communiquent entre eux. Elle est synthétisée à partir d’un acide aminé essentiel (apporté exclusivement par l’alimentation chez l’homme), le tryptophane » nous apprenait un article de Sciences et Avenir en janvier dernier. Le surnom de cette molécule, « hormone du bonheur » fait parfois débat au sein de la communauté scientifique. Mais notre cynique préféré ne se préoccupe guère des détails.

Sérotonine se lit avec joie. Vous avez bien lu : le livre est simplement jouissif. Houellebecq se joue de sa propre notoriété, c’est entendu. Il fait du Houellebecq, et donne ainsi au lecteur ce qu’il attend. Et ça fonctionne, on adore et on en redemande. Le beau temps est là, on pense aux vacances, mais on veut un livre coriace comme celui-ci, qu’on lit un peu honteusement. Difficile de ne pas éclater de rire à certains passages, lorsque le personnage nous fait une jolie digression sur le sexe, la consommation d’antidépresseurs (autour desquels le récit gravite) et bien entendu son manque d’intérêt pour la vie. Pas de surprise bien entendu, on retrouve facilement l’atmosphère des anciens romans de l’écrivain : l’aspect médical glauque des Particules élémentaires, la touche politico-comique de Soumission.

Le personnage s’appelle Florent-Claude (cela suffirait à expliquer son état dépressif !) et à bientôt 50 ans, cet ingénieur agronome au style de vie confortable quitte son travail au ministère de l’agriculture, sa compagne présentée comme, disons, peu vertueuse, et s’en va en quête de son passé à travers le paysage provincial français.

Il rencontre sur son chemin un docteur vieille école, qui lui prescrit un nouvel antidépresseur, sensé faire des miracles. Chez le patient, l’effet de ce nouveau traitement est un perte complète de libido. Libéré de cet instinct primaire, le personnage « meurt » petit à petit, dans la joie artificielle que provoque le joli « petit comprimé blanc ». Il rencontrera aussi un ami d’enfance devenu agriculteur, en pleine crise de la profession qui sévit depuis les années 2000 en France. Florent-Claude se sent responsable du désespoir de son ami appauvri, lui qui a travaillé sur les directives européennes qui précipitent les agriculteurs vers la ruine. Il observe donc son ami désespérer, sombrer dans l’alcoolisme, rameuter ses camarades agriculteurs, prendre les armes pour manifester tragiquement contre leur condition. Une fois encore, Houellebecq fait mouche en exagérant des scènes dignes d’une manifestation de gilets jaunes.

On continue. L’auteur n’en a pas fini de sa quête. Que cherche-t-il au juste ? À mourir, tout simplement, sans bruit et sans tristesse aucune !
Il prépare tranquillement son départ, comme d’autres préparent leurs valises avant un voyage. Il espionne un ex-copine qu’il n’a pas vu depuis des années. Il pense au meurtre, entre autre, avant de se rendre compte qu’il en est incapable, en bon bon-à-rien dépressif !

Houellebecq fait du Houellebecq donc. À se demander si l’auteur ne se moque pas un peu de nous, ses lecteurs. Très certainement ! Et on le lui pardonne bien. On aime toujours autant, ou bien on prend plaisir à détester ! L’éternelle contradiction dans l’écriture houellebecquienne.

« Par Julien Hasdenteufel ».

L’auteur :

Inutile de le présenter. Michel Houellebecq est le trublion de la littérature française. Ses livres nous hantent et nous dépriment, et provoquent souvent l’hilarité. Il nous offre ici un livre aux antipodes du roman d’été. Sérotonine, on adore !