Passionnée et sensible, cette jeune architecte a su imposer au fil des années sa signature et enchaîne depuis les projets dans tout le Royaume. Une figure féminine dans un métier « d’hommes » qui force l’admiration. Interview.

Sur quels types de projets travaillez-vous ?

Avant de monter ma boite, j’ai travaillé à l’étranger dans des agences internationales sur des projets de grandes envergures, comme le Zénith d’Amiens. Au Maroc, les projets sont de tailles plus modestes et portent sur des secteurs très différents : logements, écoles et crèches, centres médicaux… Je réalise également beaucoup d’architecture d’intérieur pour des restaurants, des magasins, des villas, des bureaux.

Peut-on aujourd’hui parler d’une « touche » Mouna Bennani ?

Il faut beaucoup d’années pour se positionner, c’est le métier d’une vie, un parcours sans fin, mais c’est ce qui est passionnant. Mon architecture est contemporaine, mais elle essaie de réécrire nos traditions avec des notions fondamentales : des questions de plein, de vide, d’ombre, de lumière, de transparence, d’opacité, d’épaisseur. Tout mon travail tourne autour du fait de voir ou de ne pas être vu, une composante importante de notre culture.

Quelle est la partie qui vous anime le plus dans votre travail ?

La concrétisation d’un projet. Voir l’alchimie qui s’opère entre les différents intervenants lors du travail en équipe. Ce qui est également très beau, c’est que l’on part à chaque fois d’une page vierge, pour créer un cadre où les gens vont vivre et évoluer.

Les monuments traditionnels que vous admirez ?

Malheureusement, les plus beaux monuments de l’architecture traditionnelle orientale ou mauresque ont été construits de l’autre côté de la mer : les chefs d’œuvres de l’Alhambra à Grenade. Cet ensemble palatial démontre un génie architectural par son tracé urbain, ou encore par son circuit de l’eau qui passe à travers différents espaces et patios… C’est sublime. Sinon au Maroc, la Mosquée Hassan II est un véritable chef d’œuvre en termes de travail et de détail artisanal. Les médinas historiques de Fès, Tanger ou Marrakech sont aussi des sources d’inspiration infinies. Autre chose encore, les constructions en terre au sud du Maroc sont vraiment magnifiques. Construites sans architecture, ses kasbahs répondent parfaitement au climat local, à la façon de vivre des familles, au respect de l’environnement, tout en utilisant des matériaux locaux.

Quelles caractéristiques aimez-vous apporter à vos lieux ?

Je suis dans la simplicité, j’aime les endroits épurés. J’ai l’impression que l’on est trop stimulé dans la société, au travail, sur les réseaux… L’essence de mon architecture est de se recentrer sur soi par un travail sur les lignes et les proportions, afin que le corps se sente bien dans l’espace. Cet espace répond à un client donné et doit respecter les cultures et la façon de faire de chacun, ne pas les étouffer. 

Des matériaux de prédilection ?

J’essaie d’utiliser localement le béton et le verre. Le verre parce qu’il apporte un maximum de luminosité et d’ouverture sur la vue, et le béton car il peut lui même être une finition avec son coté brut, dénué de valeur ajoutée. Si j’affectionne les volumes simples, en intérieur, j’aime bien que les matériaux entrent en dialogue, qu’ils se juxtaposent. J’aime beaucoup les pierres naturelles, les différents marbres mais également la boiserie, brute ou ciselée, ou le zellige dans des dessins et des couleurs très contemporaines. 

Un architecte que vous admirez ?

Il y en a plusieurs ! Chacun avec sa façon de travailler. Oscar Niemeyer, dans sa subtilité à travailler les formes pures. Luis Barragán, avec sa recherche sur les couleurs : elle donne une autre touche à l’architecture. Et enfin quelqu’un que je respecte énormément Hassan Fathy. Il a beaucoup écrit sur la construction autodidacte en Egypte. Le travail de la terre, le rapport au sol, au site et à l’histoire, c’est très intéressant. Ce sont tous des anciens, mais chacun apporte une richesse à ma vision de l’architecture. 

La plus grande difficulté rencontrée dans votre carrière ?

Se faire accepter en tant que femme dans un métier d’hommes, du côté des administrations, des chantiers. On est vraiment très peu de femmes à exercer ce métier au Maroc. Il faut apprendre à s’imposer face au regard de l’autre. Sur les chantiers, on devient vite des hommes et on adopte un langage bien carré pour se faire respecter. Ce sont les règles du jeu. Dès les premières réunions, il faut savoir s’imposer, mais au bout de quelques temps le respect s’installe de lui-même et tout se passe très bien. 

Votre prochaine réalisation ?

En ce moment je m’amuse beaucoup sur un immeuble à Casablanca. Une idée d’appartements lofts « new yorkais ». Je suis en train de finaliser pleins de petits détails avec le promoteur. On imagine un rooftop, une piscine, un jardin suspendu. Le projet s’appelle « Palm loft » dans le quartier Palmier pas loin de la CGEM.

La bio :

C’est à Tanger que née et vit la jeune Mouna Bennani avant de s’envoler à ses 18 ans pour la « ville lumière », Paris.  Direction ? L’Ecole Spéciale d’Architecture (ESA) qui va porter ses rêves de jeune architecte. Une formation très enrichissante pour cette passionnée des lignes et des espaces qui renforce ainsi son apprentissage à travers de nombreux workshops et voyages. « Mon parcours académique a été très formateur, cette école m’a apporté une approche plus artistique du métier et m’a permis de rencontrer des grandes personnalités du milieu », explique-t-elle. Des expériences qui la poussent à entreprendre de nombreux stages en Europe comme en Espagne, à Valence et Séville. Une fois son diplôme en poche, elle gravit les échelons dans différentes agences internationales de renom à Paris pendant quatre ans (comme l’agence Success ou encore l’atelier d’architecture Frank Salama) avant de rentrer au Maroc en 2011. Trois ans après, la jeune femme décide d’ouvrir son studio « Mouna Bennani Architecture & Design » et se place comme la nouvelle figure de l’architecture au Maroc. 

Où admirer ses travaux ? 

Polyvalente, Mouna Bennani travaille aussi bien sur des projets résidentiels de villas privées que pour des logements collectifs (immeubles « Cubix », « Golden Square », « Bounyan Invest », « Rhodes » à Casablanca…) mais aussi l’éco campus « Tamasourt » à Marrakech ou le futur centre d’addictologie pour la Fondation Mohamed V à Tanger… L’entendue de ses projets à découvrir sur le site www.mounabennani.com.