Dépasser les frontières, se réaliser hors de son pays… Pour célébrer à notre façon l’arrivée de la Journée internationale pour les droits des femmes, nous avons voulu mettre en avant des femmes qui ont choisi de vivre hors de leurs pays natals, et qui à force de travail et de persévérance, réussissent à vivre leur rêve. Rencontre avec cinq femmes d’exception, de tous âges, qui donnent de l’inspiration !

Marie Maillard
43 ans, Casablanca

De retour d’un événement à Marrakech, avant un séjour à Paris, difficile d’attraper Marie Maillard entre deux rendez-vous ! Fonceuse d’humeur joyeuse, cette normande d’origine est devenue en quelques années Marie M., la fleuriste de Casablanca. Depuis son installation en 2006, elle a révolutionné l’art floral au Maroc, décore les plus prestigieuses demeures, créé pour des enseignes luxueuses des compositions sur mesure, fleuri les grands mariages et embelli de multiples événements dans tout le Maroc. Cartier, Louis Vuitton, Four Seasons, Mandarin Oriental, Weston, OCP, toutes ces grandes enseignes affichent ses créations. Une vraie réussite !

Quel est votre parcours ?
Je suis née en 1977 en Normandie, au milieu des champs et des fleurs. J’ai grandi dans la forêt à construire des cabanes ! Après un bac économique et social, j’ai décidé d’aller à Paris pour suivre des études de psychologie. J’y ai fait la rencontre qui a tout changé : Daniel Guittat Meilleur Ouvrier de France en art floral, mon voisin fleuriste dans le 7è arrondissement de Paris. Comme j’avais du temps libre, j’allais souvent l’aider dans sa boutique, ça m’amusait. J’adorais de ce qu’il faisait, c’était sublime, il travaillait sur de gros événements pour le Quai d’Orsay. Je me suis rendue compte que c’est ce que je voulais faire. Me voilà donc partie à l’école des fleuristes de Paris, pour suivre une formation en alternance chez lui : mon premier bouquet rond je l’ai servi à Alain Delon, Gérard Depardieu était un client fidèle… J’ai appris le métier de la fleur avec ce meilleur ouvrier de France : il était très dur, mais en même temps au top de l’art floral. J’ai ensuite travaillé pendant deux ans chez Arêne qui était le fleuriste d’Yves Saint Laurent et qui faisait tous ses défilés, ses dîners… Puis Au nom de la Rose, où j’ai dirigé plusieurs boutiques avant de m’occuper de toutes les ouvertures et de Paris.

Comment vous êtes-vous retrouvée au Maroc ?
Par amour ! Lors d’un voyage au Maroc en avril 2002, j’ai rencontré mon futur mari… J’y suis retournée en juillet pour découvrir avec lui le Sud du pays. J’étais tellement amoureuse que j’ai tout lâché pour partir avec lui au Canada. Là-bas j’ai travaillé chez Zen, le pouvoir des fleurs, qui est The fleuriste sur le plateau à Montréal. C’était une belle expérience humaine et professionnelle. J’y ai appris une autre manière de travailler, de faire un bouquet. Mais au bout d’un an, j’en ai eu marre, je n’aimais pas du tout la vie à -30°C l’hiver, une vie de taupe, souterraine ou dans les centres commerciaux. J’ai trop besoin de nature ! Nous avons décidé de rentrer au Maroc en janvier 2004, en avril nous nous sommes mariés. Je voulais ouvrir une boutique, mais ce que je faisais n’existait pas ici. Du coup j’ai commencé à faire mes créations à la maison. Carita où je me suis fait coiffer pour mon mariage, m’a pris un abonnement de fleurs et de fil en aiguille ça a démarré. J’ai ouvert Marie M. une petite boutique dans le Maârif en 2006, ça a décollé. Je me suis agrandie. En 2013, je me suis associée. Maintenant nous avons deux boutiques à Casa et Rabat, une autre marque Flowers, présente dans les Carrefours Gourmets, et un bel atelier à Marrakech pour tous les mariages et événements.

L’intégration a t’elle été facile ?
Professionnellement, ça a été difficile les premières années par rapport aux différences de cultures. J’étais toute seule, les habitudes de travail ne correspondaient pas à mon schéma. Au début, j’étais hystérique, mon mari m’a conseillé de tout prendre avec humour, de dire les choses en riant. Et à partir de là, ça a été beaucoup mieux.

Une anecdote qui vous a marquée lors de votre intégration ?
Une histoire me fait beaucoup rire. Il y a 15 ans quand je suis arrivée, j’achetais mes premières fleurs chez le même vendeur au marché du Maârif. Maintenant, ce vendeur dit à tout le monde que c’est lui qui m’a formée !

Vous voyez vous retourner en France un jour ?
Je me vois bien à la retraite faire un noss noss ! 50/50 entre le Maroc et la France.

Y a t’il une chose qui vous manque ?
Un Monoprix ! Avec des nounours à la guimauve ! Sérieusement rien ne me manque parce que je n’en arrive pas à ce point. Pour être bien, je rentre régulièrement en France, tous les trois mois. Ce qui me manque dans la vie de tous les jours, c’est de marcher dans la rue, de regarder les gens, de leur sourire sans penser à mal. Les petits bonheurs de la vie.

Réussir hors de votre pays, est-ce une fierté pour vous ?
Je suis fière de ce que j’ai fait. Parce que ça a été très dur, j’ai énormément travaillé. J’ai été seule sur de grands événements, en bossant toute la nuit pour assurer un beau résultat. Et ça n’a pas été pour rien. Je suis aussi fière parce que j’ai formé de nombreuses personnes. Il n’y a pas une seule école d’art floral au Maroc, donc j’ai dû former tout le monde. Avec mes équipes, ça a été des heures et des heures de formation pour aboutir à des standards internationaux. Les événements que je fais à Marrakech sont souvent pour des clients étrangers qui ont des exigences haut de gamme, et nous devons assurer un résultat parfait. Nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Quelles sont les qualités nécessaires pour se réaliser à l’étranger ?
Etre très ouvert d’esprit, avoir beaucoup d’humour, pas d’égo trop développé, beaucoup d’humilité.

Etre une femme et étrangère, est-ce partir avec plus de handicaps ?
Oui et non. Ça peut être une force. Si j’étais une femme marocaine et que je dirigeais tout ce beau monde, on ne me regarderait pas de la même manière. C’est certainement plus facile quand on est une femme étrangère de diriger des hommes au Maroc.

Comment arrivez-vous à concilier vie de famille et vie professionnelle ?
Mon mari est une perle ! Sans lui, je ne vois pas comment j’aurais pu faire. J’ai beaucoup de déplacements, je suis absente souvent, et lui pendant ce temps gère tout. En revanche, je me libère pour les vacances scolaires, et on les passe en famille, avec mes enfants et mon mari. C’est sacré !

Quels sont vos modèles féminins ?

Un mélange entre Simone Veil, Simone de Beauvoir, Romy Schneider et ma mère

Le film qui vous a le plus touché ?

La vie est belle de Roberto Benigni

Jamais sans mon/ma…. ?

Mon agenda

Trois choses qui ne quittent jamais votre sac ?

Un rouge à lèvres, mon sécateur et des kleenex

Votre devise ?
Rien n’est impossible

Votre livre de chevet ?

Soufi mon amour d’Elif Shafak

Le voyage de votre vie ?

Je rêve d’aller au Japon pendant la floraison des cerisiers

Votre produit cosmétique fétiche ?
Mon rouge à lèvres

Votre endroit préféré au Maroc ?

La villa coquelicot, ma maison de campagne perdue au Maroc, mais à 45mn de Casablanca