Dépasser les frontières, se réaliser hors de son pays… Pour célébrer à notre façon l’arrivée de la Journée internationale pour les droits des femmes, nous avons voulu mettre en avant des femmes qui ont choisi de vivre hors de leurs pays natals, et qui à force de travail et de persévérance, réussissent à vivre leur rêve. Rencontre avec cinq femmes d’exception, de tous âges, qui donnent de l’inspiration !

Laila Lalami
52 ans, Los Angeles

Professeur à l’Université de Californie, Laila Lalami est un auteur à succès outre- Atlantique. Elle a déjà publié 4 romans qui ont remporté plusieurs prix, dont l’American Book Award, et son dernier ouvrage The Others Americans a été finaliste du Prix Pullitzer. Une belle reconnaissance pour cette écrivain qui dépasse les frontières.

D’où venez- vous ?
Je suis née en 1967 dans une famille ouvrière à Rabat, au Maroc, et j’ai grandi dans une maison pleine de livres. Un de mes premiers souvenirs est d’observer ma mère et mon père, assis à chaque extrémité du canapé, chacun avec un livre à la main. Ma famille parlait l’arabe dialectal à la maison et j’ai appris l’arabe classique et le français à l’école primaire. J’ai suivi des études d’anglais à l’Université Mohammed V de Rabat ce qui m’a permis d’obtenir une bourse du British Council pour partir étudier en Angleterre à l’University College de Londres. Une fois ma maîtrise en linguistique achevée, je suis retournée au Maroc et j’ai exercé en tant que journaliste à Al Bayane. En 1992, à 24 ans, je suis partie à Los Angeles pour suivre un Doctorat en linguistique à l’Université de Californie du Sud. Je n’avais pas l’intention de m’installer aux États-Unis et je pensais retourner au Maroc pour devenir professeur. Mais la vie est intervenue. Après mon doctorat on m’a proposé un emploi d’enseignante, je me suis mariée et je suis devenue citoyenne américaine. Finalement je suis devenue immigrante par hasard.

Vous pensiez devenir écrivain plus jeune ?
J’écris des histoires depuis l’âge de neuf ans, d’abord en français puis en anglais. Mais je ne m’attendais pas à devenir une immigrante ou à écrire des romans en anglais. Ces deux décisions ont eu un impact profond sur ma pensée créative et critique.

Comment le fait d’être immigrante a-t-il influencé votre travail ?
Toutes sortes d’expériences influencent mon travail – mes relations personnelles, ma lecture, mes voyages, même mes conversations avec des étrangers. Être immigrant a grandement contribué à façonner qui je suis et, par conséquent, ce que j’écris. Je regarde souvent les choses sous deux angles différents, en tant qu’initié et étranger. Je suis sans cesse fascinée par l’idée du foyer – pourquoi nous le quittons, comment nous le faisons, comment nous racontons ce voyage, le désir qu’il crée en nous… Cela dit, je veux aussi ajouter que la migration est l’un des plus grands thèmes de la littérature. Les histoires les plus anciennes que nous racontons sont des histoires d’exil, de franchissement de frontières, de recherche de refuge. Et l’étranger est également un personnage archétypal de la fiction. Cette partie n’est donc pas nouvelle. C’est seulement que les conteurs sont nouveaux.

Aux Etats-Unis vous êtes reconnue, le parcours a été difficile ?
En 2004, j’ai commencé à écrire des critiques littéraires puis des chroniques pour The Nation, le plus ancien magazine publié aux États-Unis. Puis mes critiques de livres sont parues dans le Los Angeles Times et le New York Times. J’ai ensuite pu écrire des essais pour le New York Times Magazine. Mon premier livre a été édité en 2005, Hope and Other Dangerous Pursuits. Il traite de la question des origines : mes personnages ont tendance à être des étrangers, des gens qui ne s’intègrent pas vraiment. Ça a été un succès, le roman a été diffusé partout aux Etats-Unis et traduit en 5 langues.

Vos romans sont tous centrés sur cette thématique de l’étranger ?
Oui, vraiment. Mon premier livre, Hope and Other Dangerous Pursuits parle d’un groupe d’immigrants marocains qui traversent la Méditerranée sur un canot de sauvetage. Mon deuxième livre, le roman Secret Son raconte l’histoire d’un jeune homme d’un bidonville de Casablanca qui découvre l’identité de son vrai père, ce qui le conduit dans un voyage aux conséquences personnelles et politiques dévastatrices. Mon troisième livre, The Moor’s Account est basé sur l’histoire vraie du premier explorateur noir d’Amérique, un esclave marocain connu sous le nom d’Estebanico, qui faisait partie de l’expédition Narváez en Floride en 1528. Mon livre le plus récent, The Other Americans parle de la mort suspecte d’un immigrant marocain en Californie, qui déclenche une chaîne d’événements et qui révèle les secrets d’une famille, les hypocrisies d’une petite ville et les liens qui unissent tous ces gens.

Etre une femme et une étrangère est-ce partir avec plus de handicaps pour réussir à l’étranger ?
Les deux peuvent être des obstacles à leur manière, mais pour faire mon travail, je dois croire que tous ces obstacles n’existent pas.

Quels sont vos projets ?
Je travaille sur un livre qui n’est pas un roman, Conditional Citizens et qui sortira en avril 2020. Il traite de la façon dont la relation entre un individu et l’État est sapée par la race, la religion et le sexe.

Quels sont vos modèles féminins ?

La grande Fatema Mernissi qui s’est battue pour les femmes, et l’écrivaine Toni Morrison qui a reçu le prix Pullitzer en 1988 et le prix Nobel de littérature en 1993

Le film qui vous a le plus touché ?

La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, Le parrain de Francis Ford Coppola

Votre livre de chevet ?

Je lis actuellement Desert Notebooks de Ben Ehrenreich

Trois choses qui ne quittent jamais votre sac ?

Un livre, un cahier pour toutes les pensées créatives, et mon téléphone.

Jamais sans mon / mon…. ?
Ma famille

Votre produit cosmétique préféré ?

La Mer !

Le voyage d’une vie ?

Je n’y suis pas encore allé, mais peut-être bientôt : la Nouvelle-Zélande

Votre endroit préféré au Maroc ?

Chaouen.