Entre deux avions, de retour de Madrid et en partance pour Athènes, invitée à une conférence sur « L’Art et les Droits Humains » après avoir animé une formation « BD & féminismes », Zainab Fassiki n’en finit plus de parcourir le monde ! Interview express de cette jeune femme pas comme les autres.

– Comment avez-vous découvert le dessin ?
J’ai commencé le dessin quand j’avais 4 ans grâce aux mangas que je regardais.

– Imaginez-vous en faire un métier à part entière ?
Tout à fait puisque je suis actuellement une artiste indépendante à plein temps !

– Comment avez-vous appris la maîtrise de laBD ?
J’ai voulu étudier la BD au Maroc mais je n’ai jamais été satisfaite par les formations que j’ai pu trouver. J’ai donc tout appris par moi- même sur Internet en suivant des tutos. La rencontre avec plusieurs artistes m’a permis de perfectionner la maîtrise de cet art. Et depuis 2015, je travaille avec le Fanzine “Skefkef ”*.

– Dessiner, qu’est ce que cela vous apporte ?
Dessiner pour moi c’est me libérer de la société qui m’a toujours limitée et stoppée dans mes choix de vie.

hsouma dessin Zinal fassiki femme Maroc interview

– En quoi consiste le projet Hshouma ?
Quand j’étais étudiante en Ingénierie Mécanique, j’ai vécu des situations de discrimination parce que j’étais une fille. Pour me sentir mieux, je me suis plongée durant mon temps libre dans ma passion : le dessin. C’est de là qu’est né le projet Hshouma, une BD que j’ai débutée pour briser les tabous liés à la femme et à son corps. Maintenant le projet a grandi et il comporte des livres, des événements et des vidéos.

– En tant que femme, de quoi avez-vous le plus souffert dans la société marocaine?
Il y a deux choses. Le harcèlement dans les espaces publics. En parallèle, je me suis tout le temps sous-estimer du fait d’être une femme. C’est ce que la société nous renvoie.

– Pensez-vous que les mentalités vont changer et que faudrait-il faire pour aider à ce changement ?
Il y a toujours un espoir mais la société doit s’unir pour faire changer les mentalités. Il faut surtout sensibiliser les parents et les professeurs, car c’est eux qui forment les nouvelles générations.

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– Quelle est la rencontre qui vous a le plus marquée ?
Ma rencontre avec Aïcha Chenna ! Nous étions assises à-côté dans le même canapé pour faire une conférence. Nous avons beaucoup discuté et elle m’a donné plein de conseils ! Je n’ai jamais imaginé qu’un jour je réaliserais ça !

– Quels sont vos sources d’inspiration dans la création d ’un personnage, d ’un décor, d ’une histoire ?
Parfois je m’inspire de mon apparence, d’autre fois de la beauté marocaine. En général, mes personnages ressemblent aux filles que je rencontre chaque jour, et qui me racontent leurs souffrances. Cela me motive à défendre la place des femmes dans notre société.

– Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je développe le projet Hshouma : le deuxième livre sera partout en librairies. Il y aura également une application mobile et un site web en darija. Je prépare aussi de nouvelles résidences de Women Power. C’est un collectif que j’ai fondé et qui consiste à mettre en place des résidences artistiques pour encourager les filles marocaines à devenir artistes.

– Quel est votre objectif ?
Me libérer de cette société qui n’arrête pas de contrôler les filles. J’espère y arriver pour moi et pour toutes les autres.

– Le pays où vous rêvez d’aller ?
J’ai toujours rêvé d’aller vivre seule sur la lune ! Oui c’est vrai. Etre seule, pour moi, est la seule façon de vivre en paix.

– Quel est votre rêve ?
Vivre heureuse et atteindre l’immortalité à travers mes dessins, qui je souhaite, resteront pour toujours !

* : Skefkef est une revue indépendante conçue et imaginée par un collectif d’artistes bénévoles : illustrateur, graphistes, dessinateurs. www.skefkef.maskefkef.ma

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Biographie

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Difficile de mettre la main sur Zainab, artiste reconnue de bande dessinées, militante très engagée et ingénieure d’état en mécanique. A 24 ans, elle est invitée dans tous les pays pour parler de la place des femmes dans la société et libérer le corps féminin des tabous. Et c’est d’abord par le crayon que Zainab s’engage. Ses dessins racontent et dénoncent en bloc les discriminations ciblant la femme : harcèlement physique et moral, tabous, sexisme, infantilisation… Les situations qu’elle prend plaisir à dessiner sont parfois cocasses lorsqu’elles tournent autour du corps, souvent très dures lorsqu’elles décrivent des faits divers dramatiques. Mais ce sont de vraies piqûres de rappel pour ne pas oublier ce que subissent encore les femmes. Pour la militante, tout va très vite depuis deux ans. Grâce à ses portraits de femmes fortes, dénudées, qui décident de leur vie et heurtent la pudibonderie d’une partie de la société conservatrice, elle se fait rapidement une place sur le devant de la scène artistique. Avec le projet Omor, elle compile les histoires de trois amies très différentes mais subissant toutes leur condition de femmes. Depuis les projets ne s’arrêtent pas. Elle fonde le collectif Women Power, qui en est déjà à sa troisième résidence de création, et qui a permis de lancer en collaboration avec plusieurs dessinatrices, un Guide pour stopper le harcèlement de rue, destiné à être distribué dans les écoles. Suite à une résidence artistique à Madrid, elle est à l’initiative de Hshouma, une BD et une plateforme éducative gratuite pour casser les tabous liés aux corps de la femme, à la sexualité, au genre, à travers des illustrations, des vidéos et des comics (www.hshouma.com). Elle est exposée au Liban, à Madrid, à Casablanca, mise en avant dans les médias nationaux et internationaux (TV5, Nouvel Obs, Marie-Claire…), invitée dans plusieurs pays pour participer à des conférences, des formations, des séminaires sur son engagement, son art et sa condition de femme. Un beau modèle à suivre.

Par Stéphanie Mollé.