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Tout en douceur, cette jeune femme touche-à-tout accepte il y a plus de dix ans de reprendre la direction de la Galerie Venise Cadre de Casablanca. Son crédo ? Faire rayonner l’art contemporain sur le marché marocain en parcourant les ateliers du pays à la recherche des talents de demain. Interview d’une femme de l’ombre bien déterminée à bousculer les idées reçues.

 

Pouvez-vous nous présenter la Galerie Venise Cadre ?


Créée en 1946, la Galerie Venise Cadre représente une institution incontournable du monde artistique à Casablanca. Elle était en effet l’une des premières galeries du Maroc et avait la réputation de présenter des peintres orientalistes. Aujourd’hui, j’essaie de faire changer les choses en présentant des artistes plus contemporains, issus de la jeune génération.

Comment la Galerie Venise Cadre a-t-elle fini par faire partie de votre vie ?


L’art est un milieu dans lequel j’ai toujours baigné. Quand mes enfants sont devenus grands, j’ai eu envie de m’insérer de nouveau dans une dynamique. Je souhaitais quelque chose de vraiment intéressant, d’efficient, je ne voulais pas juste avoir une activité « comme ça ». J’avais évidemment une attache avec le monde de l’art, mais je n’aurais jamais imaginé avoir ma propre galerie ! La Galerie Venise Cadre faisait déjà partie de mon paysage culturel, j’y venais régulièrement, et l’ancien propriétaire m’a un jour proposé de reprendre le flambeau. Cela me paraissait un projet énorme. J’ai d’abord accepté de venir y travailler pendant un an. C’est en 2008 que je me suis lancée et que l’aventure a commencé.

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Vous écrivez alors une nouvelle page dans l’histoire de la galerie…


Oui. Bien que les deux premières années m’aient permis de perfectionner ma maîtrise du marché, j’ai toujours eu cette volonté de modifier la vision de l’art marocain pour encourager l’art contemporain. C’est vrai que c’était assez compliqué à cette époque, parce que la Galerie Venise Cadre était une institution avec une histoire de plus de 60 ans. C’est plus difficile de donner un nouveau souffle à un lieu de ce type, que de prendre un lieu neuf. Certains ont été très choqués à l’époque, je me rappelle même de quelques clients qui sortaient furieux en criant : « c’est quoi cette m**** vous n’avez pas honte ! », il a fallu passer au-dessus. Le coup d’envoi a été l’exposition de Joseph Beuys, présenté pour la première fois en Afrique. Ce précurseur de l’art conceptuel, nous a permis de mieux faire adhérer le public à ce nouveau positionnement.

Certains ont été très choqués à l’époque, je me rappelle même de quelques clients qui sortaient furieux en criant : « c’est quoi cette m**** vous n’avez pas honte ! »

La galerie se tourne alors résolument vers le contemporain ?


Notre but est de mettre en avant une nouvelle scène artistique marocaine. Nous n’avons pas fait le choix de débuter avec les artistes marocains reconnus de la diaspora ou ceux qui avaient déjà un début de parcours… Nous avons choisi de travailler avec les jeunes artistes émergeants : c’est un pari. Pour ce faire, il y a 6 ans, nous avons entrepris la création du programme « Mastermind », un projet d’exposition destiné à défricher les nouveaux talents de la scène artistique marocaine. Chaque année, nous sélectionnons ainsi les œuvres d’une douzaine de jeunes artistes en leur apportant une visibilité, avec un vrai public. Notre prochaine édition débutera en avril 2018.

Comment déniche-t-on de nouveaux artistes et comment les sélectionne-t-on ?


Il faut aller à la source, notamment l’Ecole des Beaux-Arts de Tétouan. Ensuite, cela passe également par le bouche à oreille. Ce n’est pas évident, il faut savoir qu’il ne sort que 7 artistes par an des Beaux-Arts. Pour la sélection, c’est d’abord le discours de l’artiste, son propos, son message, qui fait pour nous la différence. Lorsqu’un discours est intéressant, le travail présenté ne passe qu’au second plan. Il y a aussi le contact avec l’artiste qui est important.

Ce n’est pas évident, il faut savoir qu’il ne sort que 7 artistes par an des Beaux-Arts.

 

A l’étranger, quelles sont pour vous les manifestations à ne pas rater ?


Au sein de la galerie, nous avons déjà participé à plusieurs foires internationales : la 1:54 de Londres notamment, Dubaï ou encore la biennale de Gwangju en Corée du Sud. Sinon la FIAC ou l’Art Basel sont des incontournables du genre. Pour les galeries, on pourra citer celle de Kamel Mennour à Paris ou la White Cube de Londres.

 

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Quelle est votre prochaine actualité au sein de la galerie ?


Nous sommes ravis de présenter début mars une exposition de l’artiste marocain Said Afifi. Un jeune talent que l’on suit depuis 6 ans, et qui présentera des œuvres qui signent l’aboutissement d’une synthèse de travail de plusieurs années. C’est un peu l’exemple type de l’impulsion que l’on souhaite apporter à tous ses nouveaux talents. Sinon, nous pensons déjà à l’après. Pour nous, la galerie est arrivée à sa « genèse ». Nous pensons être arrivé à maturité et avoir la capacité, la légitimité et la crédibilité de partir à la rencontre d’artistes internationaux, toutes nationalités confondues. C’est important que la galerie défende les artistes d’ici et d’ailleurs.

 

L’INTERVIEW DECALEE

Votre ville préférée ? Casablanca. Je suis née ici et l’odeur de la mer et de la ville me rappelle encore mes souvenirs d’enfance.

Votre plus beau voyage ? Professionnellement, Dubaï. Il y a également eu la Thaïlande qui regroupe à la fois un côté culturel, culinaire et historique. Sinon, ce sont plutôt les voyages en famille que j’affectionne, pas besoin d’aller au bout du monde. Ça ne m’intéresse pas de lézarder au soleil. Je m’ennuie vite.

Votre plus grand défi ? La reprise de la galerie et mes enfants.

D’autres passions ? Le stylisme ou même la cuisine ! J’ai secrètement toujours rêvé d’ouvrir un restaurant. Je suis une touche à tout, j’aime entreprendre. J’ai d’ailleurs aidé à la création du premier journal satirique du Maroc, « le Mouhim de l’info », il y a quelques temps.

Votre plus grande folie professionnelle ? Je n’ai pas encore la prétention d’accueillir des artistes avec des revendications de « stars ». Mais chaque exposition est un peu un pari sur l’avenir… Vendre des jeunes artistes, c’est un risque à chaque fois.

Plutôt photo-peinture ou sculpture ? Peinture. Et je suis particulièrement attirée par le dessin.

Votre plus grande qualité ? La patience.

Votre plus grand défaut ? Etre trop laxiste !

Un livre sur votre table de chevet ? Mon emploi du temps est assez serré alors je lis surtout des livres d’artistes. Je n’ai plus vraiment le temps de lire autre chose !

Votre leitmotiv ? L’amour. L’amour des artistes, l’amour pour ma famille, pour les gens avec qui je travaille, pour mes amis. Et aussi croire en la jeunesse.

 

Galerie Venise Cadre – 25, Bd Moulay Rachid, Casablanca – +212 522 366 076