sarah perles cinéma actrice cinéma Maroc

Yeux noisette, visage d’ange mutin… Après ses rôles dans « Burn Out » ou
« Sofia », Sarah Perles continue son ascension sur grand écran. Rencontre avec une jeune actrice boostée à la détermination, qui garde les pieds sur terre et la tête résolument tournée vers l’avenir.

Le cinéma, une passion qui t’anime depuis toute petite ?
Non pas du tout : je voulais être médecin ! Lors des résultats du bac, j’ai été repérée pendant un casting sauvage. Je ne suis pas allée plus loin, mais je crois que ça m’a toujours trotté dans la tête. À un moment dans mon parcours, je me suis dit : « Pourquoi ne pas prendre un an de ma vie et tenter l’expérience ? ». Depuis, je n’ai pas arrêté.

Comment es-tu arrivée au cinéma alors ?
Lorsque j’ai commencé la prépa et la fac de médecine, une vérité s’est vite imposée :
je détestais ça ! J’ai tout lâché et je me suis tournée vers le théâtre. Je me suis inscrite au Cours Florent à Paris en le cachant à mes parents, mais ça n’a pas duré longtemps, je leur ai tout dit rapidement ! Après trois ans, j’ai préféré quitter Paris pour Londres. J’ai eu plusieurs petits boulots et puis, petit à petit, j’ai commencé à faire de la figuration, des publicités… On aimait bien mon visage métissé « so exotic » là-bas, contrairement en France où c’était moins « glamour ». Je gagnais bien ma vie, mais ce n’était pas assez satisfaisant. J’ai pu participer à un court métrage, puis j’ai décroché un long métrage (« Never let go » de Howard J. Ford). Enfin, est arrivé « Burn Out ». Un film déterminant pour moi, avec des scènes fortes. Tout s’est enchaîné depuis.

Avec le recul comment vois-tu ton début de carrière ?
C’est beaucoup d’entêtement. Je n’étais pas particulièrement douée ni passionnée au départ, mais j’ai la tête dure. Je n’aime pas lâcher en cours de route. Je suis assez bornée: si je n’y arrive pas, je bosse encore plus. La passion est venue, je me suis prise au jeu. Et surtout, il y a quelque chose dans le théâtre qu’on ne trouve nulle part ailleurs: la scène, le public…

Interpréter des rôles forts pour un cinéma « engagé » est-ce important pour toi ?
Bien sûr. J’aime interpréter des rôles qui transmettent un message. Mais je n’ai pas envie de ne faire que ça. Le cinéma doit aussi avoir un côté « Entertainment » pour faire rêver au quotidien. Bien que je sois reconnaissante des rôles que j’ai joués, j’ai aussi envie d’explorer autre chose… Comme de la comédie, par exemple.

Comment prépares-tu tes rôles ?
En général, il y a de la préparation physique et de la diction, un accent ou une langue qu’il faut parfois travailler. Sinon je m’inspire des livres d’acting. Pour « Burn out », j’ai pas mal souffert : le casting a duré presque 6 semaines et j’avais plusieurs mimiques à travailler ! Nour-Eddine Lakhmari est capable de crier parfois pour extirper quelque chose de ses comédiens. Ça m’a beaucoup appris. Pour un autre rôle dans lequel j’ai joué une syrienne j’ai dû apprendre la langue avec un coach pendant 2 mois intensifs. Mais je suis assez déterminée, je travaille de façon constante en me disant « je peux le faire ».

Après 3 longs métrages, la presse te qualifie d’ores et déjà de nouvelle coqueluche du cinéma marocain… c’est une fierté pour toi ?
Oui bien sûr ! Je suis fière d’être marocaine et portugaise. J’ai un peu peur de prendre la grosse tête et de me reposer sur mes lauriers. C’est ma phobie. C’est un combat personnel : ne jamais arrêter de travailler. Mais j’ai également une maman et un frère qui me remettent bien en place, ça aide ! (rires)

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Tes projets actuels ?
Je suis en ce moment sur 2 longs métrages. Un film japonais pour lequel j’étais à Tokyo il y a une semaine, et le prochain film de Mohamed Mouftakir. J’avais vraiment envie de travailler avec lui. C’est quelqu’un de droit, zen, pas stressé, qui n’élève jamais la voix, il est sublime, je l’adore ! Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant, il faudra un peu patienter…

Tokyo, l ’Espagne, Londres, Paris… c’est difficile de concilier début de carrière et vie perso ?
Oui c’est difficile, c’est sûr. Par exemple, ce mois-ci j’ai dû passer deux ou trois nuits chez moi à tout casser. Je ne vois pas mes amis très souvent et pour ce qui est de savoir si j’ai un chéri, ce n’est pas spécialement ce dont j’ai envie de parler en interview ! Mais oui c’est assez compliqué. En général j’ai souvent hâte de rentrer à la maison.

Un conseil à donner aux jeunes acteurs marocains ?
Principalement, c’est de ne pas courir après l’argent et la reconnaissance. C’est le travail qui prime avant tout. Si tu fais ton travail et si tu le fais bien, tout le reste suit. J’ajouterais également avoir une grande discipline, l’envie de se battre et ne rien lâcher.

La bio

Véritable citoyenne du monde, Sarah Perles est née à Paris d’une mère marocaine et d’un père portugais. Après avoir vécu 5 ans à Agadir, c’est en Espagne que la jeune femme finit son cursus scolaire dans un lycée français de Malaga avant d’enchainer sur des études de médecine à Paris. Polyglotte, elle parle pas moins de 5 langues : espagnol, français, arabe, portugais et anglais. À Paris, c’est le déclic : elle plaque ses études pour rejoindre les bancs du Cours Florent, école de théâtre renommée, pendant trois ans. Depuis le film «Burn- Out» de Nour-Eddine Lakhmari, la jeune actrice poursuit sa route sur grand écran avec « Papillon » de Hamid Basket puis « Sofia », le premier long métrage de Meryem Benm’barek, qui remporte le prix du meilleur scénario dans le cadre de la compétition « Un Certain Regard » à la 71ème édition du Festival de Cannes. Le rêve absolu pour toute jeune actrice. Au petit écran, Sarah s’impose également dans « The Team » une série produite par Netflix pour le Danemark et l’Allemagne où elle joue une jeune réfugiée syrienne. Un visage d’ange, un talent indéniable et une personnalité déterminée : encore inconnue il y a quelques années, Sarah Perles s’inscrit résolument comme la prochaine coqueluche du cinéma marocain. Cerise sur le gâteau, sa nomination toute récente aux côtés de 17 autres comédiennes en lice pour le titre de «Meilleur espoir féminin» lors des César 2019. On lui souhaite bonne chance !