livre du mois culture bakhita

Bakhita est le récit bouleversant d’une femme au destin exceptionnel. Un roman dur, qui décrit les conditions de vie d’une autre époque, mais qui reste malheureusement dramatiquement d’actualité.

L’histoire ? 

Désert du Soudan,  fin XIXe. Une fillette de sept ans est enlevée dans son village par des négriers musulmans. Vendue sur les marchés de Khartoum, elle subit les pires atrocités de la part de ses ravisseurs et de ses différents maîtres. Elle en oublie son véritable nom, et reste seulement animée par un incroyable instinct de survie. Bakhita – « la chanceuse » en dialecte – est le sobriquet que lui donnera un de ses tortionnaires. Elle le gardera toute son existence. Ses seuls souvenirs sont ceux de sa sœur aînée enlevée quelques années auparavant, de sa mère et de son amour indéfectible, de sa sœur jumelle. L’absence et le manque la porteront toujours vers la protection des plus faibles et des plus démunis.

Un destin…

Esclave terrorisée, tyrannisée, déshumanisée, sa vie bascule enfin lorsqu’à l’adolescence, elle est achetée par le consul italien de Khartoum, Calisto Legnani. L’homme est bon et respectueux. Il l’emmène à Venise, elle sera domestique, car en Italie, l’esclavage n’existe pas. C’est le début d’une lente reconstruction. Presque par hasard, une rencontre la conduit vers la foi. Après quelques péripéties et malgré les difficultés qui jalonnent sa vie, elle se convertit à la religion catholique et devient religieuse.

Guisepina Bakhita, « la petite mère noire » est la première sainte africaine noire. Elle est béatifiée et canonisée par le pape Jean Paul II en 2000.  Que de souffrance, que d’épreuves pour un seul être : Bakhita traverse une époque marquée par l’esclavage, le racisme, mais aussi la montée en puissance des régimes totalitaires qui découleront sur la seconde guerre mondiale.

Pourquoi on aime ? 

Bakhita est une biographie à part entière largement romancée. Ce n’est pas vraiment un livre historique, surtout pas un portrait de l’Eglise. C’est avant tout une histoire qui nous empoigne. Merveilleuse écriture. On se laisse emporter par le rythme effréné de la narration. Nous sommes liés à l’enfant, la jeune fille, la femme tout au long du roman. Les images d’horreur s’enchaînent les unes après les autres. L’auteur nous plonge dans un monde de souffrance insupportable. Nos émotions sont mises à rude épreuve… C’est insoutenable. Rien de mielleux dans cette écriture. Page après page, nous ressentons la douceur de cette âme si pure qui subit l’inimaginable mais survit. Nous sommes Bakhita, Nous sommes en  immersion totale avec cette petite fille que nous aimerions sauver du pire, et avec cette femme aimante et protectrice. Une femme, une religieuse, une sainte.

Véronique Olmi nous bouleverse. Nous refermons ce livre avec le soulagement d’une fin heureuse. Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de faire le parallèle entre cette lointaine époque du XIXe siècle et certaines pratiques encore d’actualité…

L’auteure

livre du mois Veronique Olmi

Véronique Olmi est comédienne, écrivain et dramaturge. Après avoir suivi des études d’art dramatique, elle devient assistante de metteurs en scène et écrit quelques pièces de théâtre remarquées. Elle travaille également pour la télévision en tant que productrice, animatrice et chroniqueuse. Son premier roman Bord de mer publié en 2001 reçoit le prix Alain Fournier. Plusieurs de ses livres connaissent un vif succès. Bakhita, son treizième roman, est récompensé du prix du Roman Fnac 2017.

Chronique littéraire par Corinne Hasdenteufel