Les spectacles et les ateliers d’improvisation attirent de plus en plus de monde à Casablanca.

Bizarre, quand on sait que cette pratique consiste à faire quelque chose, que l’on ignore quelques secondes avant…

Improviser, c’est pourtant ce que je fais toute la journée. Alors est-ce que je suis comme le bourgeois gentilhomme de Molière : j’improvise naturellement « sans que j’en susse rien ? ». Ou bien y a t-il une vraie différence, debout,  face au public, sur une scène de théâtre avec des camarades de jeu ?

Pour satisfaire ma curiosité, je suis allée tester un cours d’improvisation théâtrale  au Studio des Arts Vivants, animé par Brahim Bihi, membre de l’équipe marocaine d’improvisation. Tenue confortable m’a–t-on recommandé.  L’ambiance est dès le départ conviviale et festive. Le professeur nous met à l’aise avec des exercices simples d’échauffement à réaliser en groupe. Il s’agit de jeux préparatoires. Mes nouveaux amis ont l’air très détendus. Moi, un peu moins !

Brahim Bihi rappelle les règles principales avant de donner le signal de départ d’une scène d’improvisation : pas d’accessoire ou de décor dans l’espace de jeu (le plateau).  Chacun se positionne comme il veut et ne doit pas commencer la scène avec une idée arrêtée. Il faut accepter au fur et à mesure les indications des autres, et rebondir sur un thème ; construire la scène sans dévoiler trop de choses au public, trouver un personnage, écouter les autres joueurs et retenir leurs indices.

Panique à bord : je ne sais plus comment me sortir d’un mouvement que j’ai commencé à faire. Plus aucun son ne sort… alors je joue une muette. C’est sûr que je n’aide pas mes partenaires ! Ouf, le prof siffle la fin de la scène.

Ensuite les situations loufoques s’enchainent. Les rires fusent.

Othman, un des élèves adultes, me confie qu’il aime dans cette discipline « les changements de rôles permanents contrairement aux enseignements des cours de théâtre classique ».  Dans sa vie professionnelle,  les techniques de l’improvisation l’aident lors d’une prise de parole en public. Il a appris à ne pas avoir d’idées préconçues sur les choses ou les personnes.

Hemza, lui, ne peut plus s’en passer depuis 4 ans. Il a vaincu sa timidité, gagné en confiance, développé sa culture et « apprécie de jouer collectif ».

L’individu est au service du groupe. « Cela fait parti des valeurs que l’on transmet », explique Brahim Bihi.

J’apprends que cette forme de jeu théâtrale s’arroge beaucoup des codes des sportifs, car elle a été créée initialement par des canadiens pour remédier à la désaffection des salles de spectacle, pendant les matchs de hockeys. Ils en ont gardé les mêmes termes : on parle de matchs, d’équipe, de coach, de maillots, d’arbitre qui siffle des fautes.

L’improvisation se situe donc entre le sport et l’art, s’apprend selon des règles bien précises, est pratiqué par des passionnés et vénère ses stars comme Richard Perret ou Cécile Giroud, de l’équipe de France, qui viennent régulièrement au Maroc entrainer les équipes ou dispenser des formations.

En ce qui me concerne, je reviendrai bien au match retour, même si je reste sur le banc des remplaçants !

A Casablanca, la compagnie S’toon Zoo est la référence en la matière. (www.stoonzoo.com). Prochain spectacle : Bazar’Impro le samedi 5 mars à 20h30 au théâtre 121 de l’Institut Français.

Informations pratiques :

Studio des Arts Vivants : cours avec Brahim Bihi le lundi de 19h30 à 21h.

Adresse : 38, boulevard Abdelhadi Boutaleb ( ex route d’Azemmour ) – Tél : 05 22 97 93 20

Villa des Arts de Casablanca : cours avec Brahim Bihi le mardi de 19h à 20h30 et le mercredi de 19h30 à 21h.

Adresse : 30, boulevard Brahim Roudani – Tél : 05 22 29 50 87/94

Sur Facebook : Equipe d’improvisation théâtrale professionelle du Maroc